Mamy MPONGO, 21 mars 2007

Texte : Ep. 4, 31

Introduction.

Avant de quitter ce monde, le Seigneur Jésus-Christ a dit à ses apôtres- et donc à nous aussi -« je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ». C’est un merveilleux cadeau de sa part à ses bien-aimés pour vivre heureux.

Depuis deux semaines, nous suivons des enseignements pour nous éclairer sur quelques obstacles qui nous empêchent de vivre heureux, épanouis comme le veut notre Père du Ciel. Les maladies psychosomatiques, les blessures intérieures, les liens, les coutumes et l’arbre de la famille sont parmi ces choses qui nous gâchent la vie. Ce soir, nous allons parler de la « rancune », un autre obstacle à notre épanouissement. Cet obstacle, nous devons absolument le combattre comme tous les autres.

C’est quoi «la rancune» ?

La rancune, c’est un souvenir tenace que nous gardons d’un tort ou d’une blessure que nous avons subi ;ce mauvais souvenir est accompagné de la colère, l’hostilité et du désir de nous venger. Exemples : –

  • j’ai une énorme rancune à l’égard de mon frère qui m’a dénigré durant toute ma jeunesse, je n’accepte pas qu’il m’ait fait souffrir à ce point à cause de la jalousie ;
  • j’en voudrai toujours à l’assassin de ma sœur ;
  • je lui garde rancune de l’accident qu’elle m’a causé.

Pour exprimer ma colère, je décide de me venger : Je vais faire payer à mon agresseur le tort subi ; je rompt tout contact physique avec lui ;je souhaite même qu’il lui arrive un malheur. Je garde rancune tant que le tort n’est pas réparé ! Je crois ainsi rétablir quelque peu l’équilibre. La conséquence de la rancune, c’est « le manque de pardon ». C’est un mal que nous devons absolument « combattre » c’est-à-dire « bannir » de notre vie, en tant que fils et fille de Dieu.

Pourquoi combattre la rancune ?

Parce que la rancune

  • est une souffrance pour moi-même : la rancune provoque la douleur que je m’inflige à moi-même ;
  • engendre l’esclavage notamment de la colère : la mention du nom de l’offenseur provoque une réaction qui enlève la paix et même le sommeil ;
  • est un véritable poison pour notre esprit : je suis conditionné par une façon de voir et de penser faites de jugements, d’étiquetages, de culpabilisations et de culpabilités ;
  • entrave non seulement notre paix et notre joie mais aussi notre croissance spirituelle : elle nous empêche d’être la personne que Dieu veut que nous soyons, un témoin de sa présence ;
  • influence négativement notre vie de prière ;
  • entrave la réalisation du plan de Dieu sur nous ;
  • elle affecte notre santé physique et morale : elle est à la base de la plupart de problèmes de dépression et de tension ;
  • bloque la vie affective dans un couple.

Comment combattre la rancune ?

Un seul moyen pour combattre la rancune : le « pardon ».
C’est quoi « le pardon » ? Il ne s’agit pas d’oublier un mal qu’on a subi , de l’ignorer et de recommencer à zéro. Se conduire de la sorte c’est vivre dans l’hypocrisie. Le pardon consiste à abandonner à la fois le ressentiment envers quelqu’un et le droit de se venger, peu importe le tort causé.( Le ressentiment, c’est le fait de se souvenir avec haine des maux, des torts qu’on a subis ).

Le Seigneur nous interdit la vengeance, le désir de voir quelqu’un souffrir ; c’est à Lui que revient la vengeance ( Deutéronome 32, 35 ). Pour nous chrétiens, le pardon, c’est non seulement excuser une offense, c’est accorder sa miséricorde, renoncer à la vengeance ou même à la justice, simplement au nom de l’amour. Pardonner, c’est redonner la vie, redonner l’amour.

Quels sont les obstacles au pardon ?

Le principal obstacle au pardon : c’est « l’orgueil ».L’orgueil est l’un des outils préférés de satan pour perturber la vie des chrétiens. L’orgueil fait obstacle à notre relation avec le Seigneur et empêche l’œuvre du Saint Esprit dans notre vie ; il est une attitude odieuse aux yeux de Dieu qui résiste aux orgueilleux( Jacques 4,6 ).L’orgueil est trompeur, pousse à la peur, à la honte( bakoseka ngai, bakomonela ngai ), à la chute.« L’arrogance précède la ruine et l’orgueil précède la chute » ( Proverbes 16,18 ).

Est-ce possible de pardonner ? Oui, parce que Jésus nous le demande quand Il nous dit : « Aimez vos ennemis » ( Mt. 5,44 ). Il ne nous demande jamais l’impossible ! Mais pardonner n’est pas quelque chose qu’on attend passivement. Pardonner, cela s’apprend et se prépare : c’est en m’entraînant dans les petites vexations quotidiennes que j’arriverai au pardon pour des faits beaucoup plus graves.

Pourquoi pardonner ?

Parce que :

  • c’est le Seigneur qui nous le demande : pardonner pour être pardonné( Mt. 5, 23-26 ; Mc.11, 25-26 ; Mt. 6, 14-15 ) ;
  • demander ou accorder le pardon est une expression de la crainte de Dieu ;
  • le pardon est une puissance qui libère : le pardon nous permet de retrouver la guérison et la paix intérieure, ouvre notre cœur et celui de notre prochain tandis que le refus de pardonner recroqueville le cœur et progressivement le stérilise( motema libanga ) ;
  • le refus de pardonner est souvent source de blocages et de maladie ;
  • le pardon nous libère de l’esclavage de la colère, nous libère de la haine ;
  • le pardon est un signe d’amour envers la personne qui nous a offensé ou que nous avons blessée : « l’amour pardonne tout » (1 Cor. 13, 7 ) Ex :Joseph, vendu par ses frères, les a sauvés de la famine ;
  • le pardon favorise la réconciliation, rétablit la communion fraternelle ;
  • dans un couple, le pardon restaure l’harmonie, l’unité, la joie de vivre à deux ; il rétablit la confiance entre conjoints ;
  • le manque de pardon entraîne , dans la relation humaine et conjugale, les blessures intérieures, le mépris, le manque de considération de l’autre ;
  • le pardon est un cadeau que l’on se fait surtout à soi-même car, très souvent, l’offenseur n’est pas du tout dérangé par notre rancune alors que nous le sommes nous-mêmes.

A qui pardonner ?

Le pardon s’adresse à 3 sortes de personnes : autrui, soi-même et Dieu.

  • pardon à autrui : c’est notre prochain( même les défunts ), notre conjoint, nos enfants : ce pardon doit être sincère, sans limite ni conditions « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi… »( Mt.6, 12 ) ( Col 3, 13 ) ; ne pas hésiter de rencontrer l’offenseur si c’est possible ;
  • pardon à soi-même : souvent, nous ne nous acceptons pas tels que nous sommes ; nous ne nous aimons pas ; nous nous jugeons. Nous avons un regard négatif sur nous- mêmes nous nous culpabilisons, nous n’avons pas de confiance en nous-mêmes. « Je suis nul ». Beaucoup d’agressivités adressées à autrui ne sont que des règlements de compte à l’égard de soi-même que l’on n’ose s’avouer ou corriger ! Le pardon à soi-même est trop souvent oublié. Se pardonner à soi-même, c’est cesser de s’accuser continuellement dans son cœur, s’accepter tel qu’on est avec ses faiblesses, ses lâchetés, ses passions, ses haines. Je dois me pardonner mon incapacité d’agir et de bien agir c’est-à-dire je dois demander la guérison de tout complexe d’infériorité et la guérison de ma mémoire qui me ramène vers le passé. Je dois aussi me pardonner mon indignité c’est-à-dire je dois quitter ces faux jugements sur moi-même, comme quoi je ne vaux rien. Ex. : le fils prodigue se pardonne sa faute et décide de revenir à son père. Comme le fils prodigue, je dois croire que Dieu m’a réellement pardonné mes erreurs et péchés qui ont pu affecter mon être profond, me blesser.
  • pardon à Dieu : Pourquoi ? Souvent, nous nous faisons une fausse image de Dieu : nous L’accusons, Le rendons responsable de tels drames ou désagréments. Nous Lui en voulons pour une épreuve qu’Il a permise. Cette fausse accusation nous éloigne de Dieu. Nous nous demandons si Dieu nous aime vraiment. Nous Le jugeons. Lui pardonner, c’est décider de renoncer à tout ce que nous avons imaginé à son sujet, croire qu’Il est notre Père , tendre et bon ; c’est ensuite Lui demander de nous pardonner nos fausses idées sur Lui.

Quelles sont les étapes du pardon ?

4 principales étapes :

  • reconnaître la douleur ;
  • décider de ne pas se venger, cesser des gestes et actes offensants : colère, ressentiment
  • désirer la réconciliation. Si l’autre ne la souhaite pas, il faut intercéder pour lui. Jésus a demandé à son Père de pardonner à ses bourreaux, Il ne les a pas pardonnés Lui-même ; c’est le Père qui pardonne ;
  • s’ouvrir à la grâce du pardon : Comme le fils prodigue, nous devons reconnaître notre tort, nous humilier et retourner chez notre Père pour Lui demander pardon, à travers le Sacrement de la Réconciliation( Is. 55, 7).

Combien de fois pardonner ?

Soixante-dix-sept fois dit Jésus à Pierre. Cette réponse symbolique du Seigneur signifie qu’il faut toujours pardonner, sans se lasser ; il faut pardonner à l’infini car la miséricorde de Dieu ne se comptabilise pas.

Conclusion.

  • La rancune est un grand frein à notre épanouissement spirituel et physique ; elle est un grand problème. Il n’y a que le pardon pour nous en débarrasser. Mais le pardon pose aussi problème :c’est très dur de pardonner. On n’y arrive toujours pas du premier coup ; on connaît des blocages. C’est normal car le pardon est un chemin ; tout chemin comprend des étapes, il peut être assez long. Il faut parfois des années pour que le pardon soit complet.
  • Le pardon est un acte d’humilité : pour le réussir pleinement, nous devons renoncer à l’aveuglement, à l’orgueil, au refus de voir ses propres faiblesses.
  • Le pardon est un acte gratuit : il ne doit pas être conditionné par une quelconque reconnaissance que l’offenseur ferait de sa dette. N’attendons pas un geste de l’offenseur pour pardonner. Si Dieu avait agi ainsi, il n’aurait jamais effacé la dette de l’homme. Au contraire, c’est notre propre conversion qui permettra à l’autre de s’amender.
  • Sachons que le pardon ne se situe pas au niveau des sentiments : nous n’y arriverons jamais par nos propres forces car le combat contre la rancune est un combat spirituel, il nous faut donc des armes spirituelles pour vaincre. Ne nous contentons pas de dire : « j e ne peux pas pardonner, c’est plus fort que moi ». Nous devons pardonner pour libérer les forces de l’amour . Pour cela, nous devons recourir à Dieu, nous tourner vers Dieu car le pardon est le fruit d’une grâce. Ce n’est qu’avec la grâce de Dieu que nous devenons capables de pardonner. Sans le Seigneur, notre pardon n’est qu’une illusion. Comment nous tourner vers le Seigneur ? Par la fidélité à la prière, la méditation de la Parole et la pratique des Sacrements, principalement le Sacrement de la Réconciliation et l’Eucharistie. Nous devons nous appuyer sur Jésus pour arriver à pardonner. Il faut Lui confier notre décision de pardonner, Lui demander de venir habiter et fortifier cette décision par sa présence.
  • Prions régulièrement l’Esprit Saint, cette force promise par le Christ, pour recevoir la grâce du pardon.

Exercice.

En ce temps de carême :

  • demander à l’Esprit Saint de vous révéler le pardon à donner ou à demander ;
  • faire une démarche concrète du pardon : trouver la personne que vous avez blessée ou qui vous a blessé pour vous réconcilier ; aller à la confession.

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