Abbé Charles Mbu Satela

Notre sujet qui voit le jour en ce début du mois de juillet, mois qui ouvre la porte au temps « des grandes vacances », se veut être un soutien aux familles qui traversent des moments difficiles où la vie en famille devient intenable; un soutien à ceux et à celles qui pensent passer les vacances ensemble afin de consolider leurs liens d’amour et de fraternité. En outre, à travers notre propos, nous souhaitons rejoindre l’appel lancé par sa Sainteté le Pape Benoît XVI lors de la rencontre des familles qui a eu lieu à Valence (Espagne) en juillet dernier. En effet, à Valence, lors de son intervention, le Pape invitait chaque famille à redécouvrir les valeurs familiales authentiques qui font de chaque membre « un sanctuaire de l’amour, de la vie et de la foi. » Aussi voudrions-nous, face à cet appel, rappeler aux familles, qu’elles soient chrétiennes ou non, leur rôle d’être le lieu où la vie est célébrée dans un climat d’amour et de paix. Car on voit, avec regret, que certaines personnes se sentent à l’aise ailleurs que chez elles du fait qu’elles ne trouvent pas leur épanouissement dans leurs propres familles.

Pour ce faire, notre propos abordera les points ci-après:

  • Ma famille
  • La famille, lieu de ma réalisation
  • La famille,lieu de disponibilité et de sanctification

1. Ma famille

De nos jours, beaucoup de familles africaines pour se divertir préfèrent suivre des pièces théâtrales d’origine africaine. Et la plupart du temps, il convient de le signaler, beaucoup sont attirés par la troupe théâtrale ivoirienne « ma famille ». A travers les divers thèmes abordés, sans toutefois parler du contenu qui serait un autre débat, cette troupe présente une vision de la famille qui dépasse la vision classique de la famille nucléaire (constituée que de papa, maman et les enfants). Dans les représentations de cette troupe, la famille est vue comme étant le lieu où les individus vivant ensemble sont unis par des liens de sang, mais aussi par des liens de fraternité et d’affection réciproque et partagent les mêmes expériences quotidiennes en cherchant à se réaliser ensemble. Comme on le voit, ici la famille n’est plus définie par le seul lien de sang. Elle est désormais le lieu par excellence où l’individu passe des grands moments de sa vie. Ma famille, c’est moi…, c’est toi…, c’est lui…, c’est elle…, c’est nous qui passons ensemble, sous un même toit, l’ordinaire de notre vie! Dans une telle famille, nul ne cherche son bonheur seul. C’est au sein de la famille qu’on reçoit la vie et qu’on la communique. C’est là qu’on apprend les valeurs familiales, qu’on se prépare à affronter les réalités quotidiennes et à construire son avenir.

Comme on peut le constater, tout commence, grandit et finit dans la famille car celle-ci reste la racine principale qui soutient toute vie. D’où l’importance de veiller sur le bon être de sa famille. La famille n’est pas seulement l’affaire des parents ou de quelques responsables que ce soit, mais bien plus l’affaire de tous ceux qui vivent et partagent au quotidien les mêmes réalités de la vie. Ainsi, ma famille c’est mon époux, c’est mon épouse, ce sont mes enfants, mes parents, mes relations… Pour sauver cette famille-là et la protéger, tous sont appelés à se serrer la main.

2. La famille, lieu de ma réalisation

En lisant Luc2,22-52, l’écrivain sacré nous montre que dès le début de sa vie terrestre, notre Seigneur Jésus a appris à se réaliser au sein de la famille de Nazareth. C’est Marie avec Joseph qui l’ont initié à des réalités familiales et l’ont conduit au temple pour sa consécration et l’ont appris à fréquenter ce lieu sacré. En fait, la famille chrétienne est l’unique endroit où l’enfant apprend à se connaître et à savoir que la vie vaut la peine d’être vécue. Pour ce faire, en venant au monde, chaque enfant est appelé à se laisser former par ses parents et les adultes.

Avec la modernité beaucoup de parents et adultes ont perdu de vue leur rôle d’éducateur. Les enfants sont laissés à la merci de la rue et des métros. Certains parents et responsables ont même peur de transmettre certaines valeurs à leurs enfants de peur d’être taxés de « ringardise » où d’être classés « hors série ». A cause de ce laisser-aller, beaucoup de nos enfants n’ont aucun sens de la vie; raison pour laquelle les uns se livrent à la drogue et les autres au vol, d’autres au viol et à la tuerie.

Par contre, avec Jésus, on voit bien ce que c’est que se laisser former, car Luc dit à son sujet « il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et leur était soumis…il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes »(LC2,51-52). Se laisser guider par les parents et les aînés, c’est entrer dans l’école de la vie; c’est accepter que notre existence ne se donne pas seule sa forme, mais avec l’appui des autres. Ce n’est qu’en se laissant guider que l’on peut se réaliser.

3. La famille, lieu de disponibilité et de sanctification

Dans son livre « Une main de tendresse », mère Teresa de Calcutta avait fait observer que l’amour commence avant tout dans le foyer. Par là elle invitait chaque individu vivant au sein d’une famille à être avant tout disponible là où il vit avant de rendre des services ailleurs. A nos yeux, nos familles sont des lieux où tous se sentent disponibles et prêts à se rendre de multiples services. On constate malheureusement que certains époux ou parents, voire des enfants ne sont pas disponibles chez eux. Ils sont prêts à rendre n’importe quel service ailleurs sauf chez eux. Ailleurs, ils sont estimés et félicités mais chez eux rien de bon ne se fait. C’est de la mascarade! Ils ont carrément abandonné leur rôle d’époux, de parents et d’enfants par manque de disponibilité. N’est ce pas là vivre à la manière des scribes et des pharisiens hypocrites qui purifient l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance? (Mt23,25).

Tout cela c’est pour dire que la famille chrétienne est une école où l’individu, qui qu’il soit, apprend à s’accepter et à rendre des services pour l’épanouissement de tous. C’est cela le chemin de sanctification qui est proposé à tous ceux qui s’ouvrent à Dieu et aux autres au sein de la famille. En vivant dans une famille où tous s’acceptent et se pardonnent, la vie devient facile et on est prêt à y rester sans envier ce qui se passe chez les voisins. Car il fait mieux chez soi qu’ailleurs!

Pour tout dire, personne n’a jamais choisi sa famille! En naissant dans telle ou telle famille, Dieu a fait de nous des responsables des uns et des autres. La vie ne devient heureuse que si la famille est prête à protéger chaque vie qui se développe au sein d’elle. C’est à chacun (parents, enfants et autres membres) de créer un climat de confiance et d’entente pour que la vie en famille soit un lieu où les individus se réalisent et s’élèvent vers Dieu. Car on ne devient meilleur que si on sait prendre en charge sa destinée et on veille sur l’équilibre de sa famille.

De bonnes vacances à tous !

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